Dans "les belles endormies", on assiste aux visites d'un vieil homme dans une "maison de plaisir" ou les femmes, toutes jeunes et belles, sont artificiellement endormies pour passer une nuit avec ceux qui "n'ont plus ce qui faisait d'eux des hommes". Tout le récit se parfume d'érotisme fragilement né de l'équilibre de plusieurs facteurs. Perdu au milieu de l'éclatement lascif des boutons de camélia, le vieil homme évoque, nuit après nuit, sa vie, ses femmes, et contemple celle à côté de qui il dort.
Une fois encore, cette oeuvre Japonaise dérange : beauté, décrépitude, mort, plaisir... Toutes ces odeurs se mêlent au parfum des belles endormies, pour ne former qu'une saveur indéfinissable...
"Le maitre ou le tournoi de go" disséque avec art plusieurs thèmes de prédilection de la littérature Japonaise. On y suit le dernier combat d'un vieux maitre de go contre son jeune adversaire. Lutte de la tradition et du modernisme, lutte contre le temps, lutte contre la mort...
Certains passages, empreints de la poésie (mélant description de natures mortes, de visages, de minuscules détails, et de sentiments) typique au maître Kawabata, sont d'une émotion rare. La beauté, notamment, d'un passage décrivant le visage du maître pris en photo par le narrateur, m'a profondément marqué (et même mis mal à l'aise, tant le pathétique se mélait savamment à cette beauté et au thanatos).
Ponctuellement émaillé des grilles de go et de commentaires portant sur les coups eux mêmes, il est cependant frustrant à lire : j'ai regretté mes lacunes en jeu de go, m'ayant certainement (surement) empéché de saisir plusieurs allusions et subtilités de cette oeuvre magnifique.
Roman de Yasunari Kawabata, le Lac m'a étonné par le ton différent donné au récit. Alors que dans "pays de neige" ou "la danseuse d'Izu", tout est dit en clair-obscur, ici, le style se fait incisif et beaucoup plus précis. Récit des obsessions d'un homme (suivre de belles inconnues dans la rue) et de ses complexes (honte de la hideur de ses pieds), le lac tranche par la sensualité nerveuse qui se dégage des pages.
Eloge de la beauté également, le lac s'inscrit par là dans la logique de Kawabata. Je le conseille vivement à tous ceux qui ont apprécié "pays de neige", comme une sorte de vision plus nette et plus cruelle...
Un roman-nouvelle d'une beauté rare. Une histoire d'amour, dans une station thermale, entre un homme marié et une geisha, étalée en 3 temps, 3 périodes de la vie de chaque protagoniste. De ces rencontres, chacun tirera un enseignement...
L'impression générale de ce texte est ambigue. Malgré la chaleur et l'intensité des sentiments décrits, on ne peut s'empécher de ressentir un froid glacial lors de la lecture. On est saisi de la beauté des instants décrits par Kawabata, mais le caractère récurrent de la mort dans ce récit est dérangeant.
Bref, pays de neige est une oeuvre pure et triste comme la neige fondante...
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