Roman parmi les moins noirs de Céline, empreint cependant du comique Célinien, "Guignol's band" débute à Londres, vers 1915. Fraichement Réformé, Céline traîne du côté de la pègre locale, et notamment vers les proxénètes (majoritairement Français) ayant fui la guerre. Plus encore que dans chacun de ses romans, Céline nous entraîne dans une escalade de rencontres explosives, face à des personnages hauts en couleurs, des caricatures clownesques, et dépeint l'humanité comme une belle foire ou tous jouent un rôle... Bien moins profond que "le voyage" ou "mort à crédit", "Guignol's band" reste une oeuvre haute en couleur, une succession de portraits de tous les déchets de l'humanité...
Vendredi 30 septembre 2005
Un autre roman de Celine, appartenant à la trilogie (Nord, d'un chateau l'autre, Rigodon). Nord décrit la traversée de l'Allemagne en flamme par un groupe de fuyards (dont Céline) à la fin de la deuxième guerre. Le groupe, comprenant le chat Bébert, éternel compagnon de Céline, se retrouve dans une multitude de situations toutes plus pénibles les unes que les autres.
Le style Célinien trouve toute sa verve quand il s'agit de décrire ce ramassis de fous et de desespérés qui constitue la trame du roman. On peut être choqué (ou blasé) par ce côté victime perpétuelle que Céline arbore tout au long du texte : Tous sont ligués contre lui, tous le déteste et veulent sa mort (Cousteau - le frêre du commandant - est notamment cité de trop nombreuses fois). Evidemment, c'est le trajet d'un homme traqué et peu aimé qui est raconté, et Céline, à cette époque, n'était plus en odeur de sainteté en France - ni en Allemagne, mais ce qui dérange, c'est que contrairement à ses oeuvres de jeunesse, Louis Ferdinand, ici, ne se remet pas une fois en question...
Malgré ceci, Nord est à découvrir, à la fois pour le style, pour le contexte, et pour certaines citations qui font mouche...
Vendredi 23 septembre 2005
Thèse de doctorat de Céline, ce texte est en réalité l'histoire (romancée) du grand hygiéniste Semmelweis. Bien que, par obligation professionnelle, l'auteur n'ait pas réellement "fait du Céline", on peut y voir parfois la trace de l'écrivain (rien que dans le thème choisi : un talent brisé par l'incompréhension des autres).
Semmelweis n'est peut être pas une oeuvre majeure, mais permet de découvrir l'envers de la médecine et ses luttes de pouvoir - thème encore d'actualité - tout en nous présentant une vie presque réduite à l'état de concept, la vie du scientifique...
Son plus beau roman, et sans doute un des livres les plus forts qu'il m'ait été donné de lire!
Une oeuvre émouvante et noire, ou l'on a sans cesse l'impression que le narrateur va plus profond dans l'abime. Ce récit autobiographique débute en 14-18, par des épisodes hallucinés et desespérés narrant la grande guerre. Cette oeuvre m'a fait découvrir Céline, un grand auteur au style si caractéristique. Une fois la surprise des premières pages passée, la lecture est aisée et on se perd souvent à l'introspection au fil des pages. Ce livre est semblable à une immense toile noire émaillée de points lumineux qui sont autant de citations inoubliables par leur simplicité.
Il n'est évidemment pas aisé, au fil du récit d'oublier ce que Céline fut quelques années après la narration. Mais peut être que ce roman (et également Mort à crédit) apporte quelques éléments de réponse, et permet de mieux comprendre cet homme hors du commun et son époque. On peut également douter de la veracité de toutes les situations, mais n'est ce pas la difficulté de toutes les autobiographies que de ne pas sombrer dans l'égotisme ?
Finalement, dans cette oeuvre, nul n'est épargné, et c'est ce qui fait sa superiorité par rapport aux autres textes de Céline. Ici, on sent que l'auteur-narrateur s'est également auto-critiqué et on en finit par ne plus réellement savoir où se trouve la nuit...
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