
Ce recueil de nouvelles de Bukowski nous fait entrer dans les différentes facettes de le vie de l'écrivain : courses de chevaux, alcool, femmes, désespoir... Le tout servi magistralement, avec trash et sensibilité. Buk nous livre ici son quotidien, ses haines, ses fantasmes, de ceux que l'ont rencontre dans un bar miteux ou un hôtel de passe. On y respire comme un air d'anarchie, de joyeux bordel raconté par un vieillard fatigué, qui n'aspire plus qu'à se reposer dans sa piscine en sirotant une bud...
Magnifique recueil de nouvelles, ayant pour thème commun la mort, "La Mort en été" nous offre un tour d'horizon de différentes façons de l'appréhender. Deux nouvelles parmi cette oeuvre m'ont marqué : la première, "patriotisme", décrit le trajet d'un jeune officier et de son épouse jusqu'au seppuku traditionnel. Très violente, cette nouvelle débute par une sensation de netteté et de beauté des protagonistes, une impression de perfection esthétique, qui sera vite ternie par les viscères sanguinolents. On assiste à une scène réglée comme une horloge, et ce suicide semble être la préparation de celui de l'auteur (Mishima s'est lui même fait seppuku des années après). Rien que pour "patriotisme", la mort en été doit être lue.
La seconde nouvelle "la mort en été", nous présente la mort accidentelle et l'importance des conventions sociales lorsqu'elle survient. Une fois encore, j'ai été saisi par l'art de Mishima : il nous offre une vision d'une grande beauté, pour ensuite la "gâcher" avec la violence de la mort... On a l'impression que l'auteur est un peintre qui, une fois son oeuvre finie, la barbouille de peinture rouge et noire... et dont l'art s'exprime par la manière dont il détruit la beauté de son tableau.

Ce roman de Paasilinna conte la rencontre improbable de trois personnages : un gangster désirant se dissimuler de ses anciens partenaires, un major alcoolique fuyant la réalité de l'armée et de sa vie (et plus ou moins mis au placard), et une vieille nonagénaire fuyant la mise en hospice. Ces trois personnages se mettent à cohabiter dans une maison de bucheron de Laponie, fuyant, chacun pour ses raisons, la civilisation... Malheureusement, cette fois, je n'ai pas autant apprécié l'intrigue et les personnages offerts par Paasilinna. J'ai eu du mal à m'attacher aux protagonistes, qui m'ont paru sans relief...
Ecrivain contemporain Chinois, Chang Ta-Chun nous offre avec "la Stèle du Général" trois nouvelles hétéroclites. La première a pour personnage principal un vieux général de Tchang Kai Tchek totalement perdu entre rêve et réalité, naviguant étrangement entre le passé, le présent et le futur. En apparence sénile, le général assiste à son enterrement, commente sa vie... et constitue un portrait vivant, profondément atypique, et une vision actuelle sur la Chine. La seconde nouvelle, "famine", présente un homme simple, dont la vie est transformée par ses obsessions alimentaires. Cette nouvelle est étrange, tant le style grotesque est camouflé, et n'éclate qu'à la toute fin. La dernière, "et si...", est une sorte de fable, de conte philosophique sur la prédestination et le hasard.
Vendredi 18 novembre 2005
Sûrement le plus connu des textes de Zweig, 24 heures de la vie d'une femme est une oeuvre d'une merveilleuse sensibilité. L'histoire débute dans une pension "comme il faut", ou une femme mariée s'enfuit avec un jeune homme. Les habitants de cette pension s'empressent de la condamner, de commenter son comportement, à l'exception du narrateur et d'une vieille dame. Leur discussion est le pretexte à une plongée dans le passé de celle-ci...
Zweig est un écrivain que je n'arrive jamais à totalement aimer, ou totalement detester... Son style est clair, certains passages de ses oeuvres sont de véritables bijoux (ici, le passage des mains d'homme observées par l'héroine dans un casino, mains fascinantes dont elle nous décrit le parcours nerveux et hypnotique). Il est incontestablement humaniste, a parfaitement cerné de multiples facettes de l'âme humaine, mais toutes ses oeuvres sont semblables à des analyses. La lecture me laisse comme une vague impression de "cas cliniques"...
Pourtant, plusieurs de ses textes m'ont marqué (et souvent, plus que ses textes, ce sont des passages de ses textes qui m'ont marqué, comme des tableaux dont on a capturé l'image).
Vendredi 18 novembre 2005

Lao She nous fait une fois de plus entrer dans la Chine du passé, cette fois au travers d'un ensemble de nouvelles, toutes plus savoureuses les unes que les autres. Basculant entre amusement ( la nouvelle narrant les joies du voisinage...) et poétique tristesse (la nouvelle "clair de lune", qui m'a profondément plu, "journal" intime d'une prostituée), ce recueil est comme une visite du petit peuple de Pékin. On y rencontre des marchands, des acteurs de théâtre, des policiers... tout le texte est grouillant de vie, et Lao She nous présente de petites fractions d'une ville que l'on aurait aimé connaître.
Vendredi 18 novembre 2005

Autre roman de Luis Sepulveda, "le monde du bout du monde" nous entraine cette fois vers la terre de feu, pour une rencontre atypique. Non content de nous offrir une image dure et sauvage de cette région, Luis Sepulveda nous y fait rencontrer des protagonistes attachants (le portrait des deux marins, naviguant sur un bateau fait de bric et de broc est un passage ou l'on ressent parfaitement le contraste existant avec notre société). Sans grandes prétention littéraire, les romans de Sepulveda sont tous profondément humanistes. On y éprouve une bouffée d'air pur, que ce soit l'air moite de la jungle, ou, comme ici, le vigoureux air marin qui charrie le triste chant des baleines.

L'inacessible château de Kafka est sans conteste le roman qui m'a pris le plus de temps à savourer. K., un soi-disant arpenteur, se présente dans une ville, et désire se rendre au château surplombant celle-ci. Tout le roman décrit la lutte du héros pour parvenir jusqu'au château, la lutte contre les chaînes de l'existence... Sans cesse butant et pénible, le récit n'a de cesse que de nous perdre en chemin. La route vers le château est longue, tortueuse... et inachevée (Kafka est mort avant d'avoir pu terminer le château, et on ne sait finalement pas si K. y parvient)...
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