Ce roman de Bukowski nous entraine une fois de plus dans l'univers de l'écrivain, au travers de tous les petits boulots minables qu'il a subi. Nettoyeur de stores, emballeur de neons, "monsieur noix de coco" dans une fabrique de biscuits à la chaine... on a un apercu de tous les métiers dont personne ne veut, mais que quelqu'un doit faire. Tout ceci n'est qu'un pretexte pour Buk : il nous parle de son mal de vivre, de son inadaptation et de son jemenfoutisme. On le voit traversant les bars, bien vivant (comme le dit une de ses maitresses...) semblant tout posséder tout en étant au sommet du pathétique.
Comique? Triste? Sans aucun doute oscillant entre les deux. C'est le roman d'un homme brisé, écrit juste pour nous faire rire.
Magnifique roman de Thomas Mann, contant l'amitié vraie et pure existant entre Tonio Kroger, un jeune homme renfermé et discret, et Hans Hansen, adolescent heureux, clairement et bestialement vivant. L'auteur nous fait nettement ressentir la difficulté pour maintenir une amitié entre deux personnalités si dissemblables, mais également la haute saveur de cette amitié pour les deux protagonistes. Tonio Kroger est comme possédé par la force vitale de son ami, et dépendant de cette relation.
On retrouve les protagonistes à l'âge adulte dans la suite de ce court roman... Hans forme avec la belle Inge le couple lumineux, rieur et instinctif qui fait toujours rêver Tonio Kroger, écrivain réflechi et bohème. Dans ce magnifique récit largement autobiographique, Thomas Mann nous fait part de sa solitude et de son admiration (sa jalousie) pour les instinctifs, vivant au jour le jour, sans se remettre en question.

Reprenant Bandini, le personnage fétiche de Fante, "Rêves de Bunker Hill" conte ses mésaventures (ainsi que, romancées, celles de l'écrivain) lors de son incursion dans le monde d'Hollywood. Fante nous décrit un univers halluciné, tous ses protagonistes semblent fous et névrosés. Les descriptions d'un scénariste infantile, d'un catcheur haï par le public, de la tenancière de pension esseulée oscillent entre la farce comique et le pathétique. On peut être un peu perdu dans l'univers de Bandini, tant sa vie parait comme décousue, mais à chaque page, on ressent le côté "déraciné" du personnage, son inadaptation à un environnement (amis, femmes, travail) avec lequel il n'a rien en commun.
Mercredi 28 décembre 2005

Autre recueil de nouvelles d'Akutagawa, la magicienne est un nouveau patchwork de styles littéraires. Ainsi, "La Magicienne" est une nouvelle fantastique au style léger et comique, ou le narrateur se retrouve confronté, par amour, à une "magicienne - sorcière " semblant incarner les mauvais côtés des croyances paiennes de jadis. "Les poupées", par contre, nous fait entrer dans le paradoxe Japonais, tiraillé entre modernisme et tradition, en prenant le parti des anciennes coutumes. "Automne" est une nouvelle d'une grande poésie (m'ayant grandement évoqué Kawabata...), nous faisant entrer dans les subtilités de l'esprit féminin. Le style moderne de ce texte est d'une beauté marquante. Deux autres histoires viennent compléter ce recueil : "un crime moderne", et "un mari moderne", parlant toutes deux de vies brisées par l'amour ou par la tromperie...
Mercredi 28 décembre 2005

Roman d'initiation, Demian s'inscrit ainsi dans la lignée de "Siddhartha" du magnifique "loup des steppes". Cette oeuvre décrit l'amitié de deux jeunes hommes avec une rare sensibilité. On y trouve exposées les théories de Hesse (que l'on peut trouver discutables...) et sans cesse apparait cet équilibre entre psyché et instinct ... Demian est un appel au calme, à la réflexion, mais aussi une oeuvre joyeuse et vivante. L'aboutissement de la relation des deux amis peut paraitre d'une grande tristesse, mais, étrangement, c'est avant tout une grande envie de vivre qui peut saisir le lecteur (sentiment du même ordre que celui que j'avais ressenti à la fin des "derniers jours d'un condamné", de Hugo).

"L'homme qui rit" ne fait pas partie des oeuvres les plus connues de Hugo, mais il s'agit de celle qui m'a sans conteste le plus marqué ! Roman ou semblent se mélanger le rêve et la réalité, nous faisant découvrir des personnages magnifiques et inquiétants, il est difficile de ne pas tomber sous le charme... Fascinants Ursus et Homo, couple de vagabonds, l'un humain, l'autre lupin, possédant chacun une part de bestialité et d'humanité. Terrifiants Comprachicos, pratiquant la "chirurgie inversée", créateur de monstres et d'aberrations. Poétique Gwynplaine, au rictus figé en un éternel sourire, enfant abandonné... De même, les nécessaires descriptions Hugolienne sont ici marquantes par leur côté artistique et onirique (le gibet, un navire en pleine tempête...). On a donné une foule de qualificatifs à ce roman étrange et atypique, pour ma part je l'ai ressenti comme un poème sombre et décadent... à découvrir.
Roman de John Fante (sa biographie est ici : http://aubry.free.fr/fante2.htm ) oscillant sans cesse entre comique et tragique, "mon chien stupide" reprends les mésaventures du personnage fétiche de l'auteur, Bandini (personnage quasi autobiographique), cette fois aux prises avec sa propre vie de famille. Nous le retrouvons ainsi en compagnie de son épouse, parasité par ses 4 enfants, et adoptant un chien égaré. On y découvre une véritable "anti-famille", ou chaque membre y apparait au comble de son égoisme. Les protagonistes ont souvent de quoi faire rire, mais on ressent au fil des pages une gêne face à ce tableau de famille qui est trop pathétique pour n'être pas vrai.

Satire incroyablement drôle de la bourgeoisie "jet set" de l'époque, "moustiques" nous emmène au large de la Louisiane, sur un bateau ou les différents protagonistes virevoltent, bourdonnent et parasitent comme d'agaçants moustiques. Ce texte de Faulkner s'inscrit dans un tout autre style que la plupart de ses oeuvres. On est sans cesse amusé - et navré- par l'incroyable superficialité des personnages ("moustiques" m'a fortement rappelé "ces corps vils" de Waugh). La légéreté du ton fait de ce roman une oeuvre distrayante et atypique, que je ne peut que conseiller.
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