Grand roman d'Hemingway, "pour qui sonne le glas" a comme toile de fond la guerre civile Espagnole vers 1935. Au milieu de la faune hétéroclite des maquisards Espagnols, on y rencontre le personnage central, un artificier Américain qui tente de rassembler les rebelles en un même projet. Au milieu de cette troupe, une jeune rebelle Espagnole...
Ce décor, propice à l'action, est surtout le terrain d'une interrogation sur l'existence, le sens de la vie et le devoir... tout ceci entrecoupé de scènes violentes et crues (notamment un massacre de fascistes par les maquisards, montré sans concessions). Le personnage principal communique cependant peu d'émotions, et parait comme idéalisé (on sent que l'écrivain a largement du puiser en lui-même). On pourrait presque s'imaginer que ce ne sont plus des hommes, mais des sentiments qui se rencontrent et s'affrontent dans "pour qui sonnent le glas"
"Le maitre ou le tournoi de go" disséque avec art plusieurs thèmes de prédilection de la littérature Japonaise. On y suit le dernier combat d'un vieux maitre de go contre son jeune adversaire. Lutte de la tradition et du modernisme, lutte contre le temps, lutte contre la mort...
Certains passages, empreints de la poésie (mélant description de natures mortes, de visages, de minuscules détails, et de sentiments) typique au maître Kawabata, sont d'une émotion rare. La beauté, notamment, d'un passage décrivant le visage du maître pris en photo par le narrateur, m'a profondément marqué (et même mis mal à l'aise, tant le pathétique se mélait savamment à cette beauté et au thanatos).
Ponctuellement émaillé des grilles de go et de commentaires portant sur les coups eux mêmes, il est cependant frustrant à lire : j'ai regretté mes lacunes en jeu de go, m'ayant certainement (surement) empéché de saisir plusieurs allusions et subtilités de cette oeuvre magnifique.
Présenté comme Le grand roman de la littérature Américaine de la beat generation, "sur la route" conte les errances de Sal Paradise (l'écrivain) au travers de l'Amérique des années 50. Cinglant et brillant refus de toutes les valeurs Américaines, cette oeuvre est peuplée d'une faune dépenaillée et clochardisée, haute en couleur, hurlante et vivante. On y croise, à un carrefour, William Burroughs (dénommé Old Bull Lee) et toute une partie de cette "Anti - Amérique" qui choqua tant à l'époque.
Sans se remettre dans le contexte de l'époque, ce roman ne pourrait apparaitre que comme un simple hymne à la décadence et à la liberté. Cependant, on sent à chaque page que la bouffée d'air n'est pas que celle de l'autoroute ou du joint : c'est aussi le cri de toute une frange de la société, un cri que l'on aimerait à nouveau entendre aujourd'hui aussi distinctement...
Et il y a également Dean Moriarty, ami de Sal (On peut prétendre sans trop se fourvoyer que ce roman est aussi celui de l'amitié entre Sal et Dean... ), personnage quasi central, entité solaire en mouvement constant. Individu totalement ancré dans notre monde, et pourtant si loin de celui-ci, Dean Moriarty est la fureur de vivre et le piment de cette oeuvre.
Le Comte de Lautréamont est le pseudonyme d'écrivain d'Isidore Ducasse, auteur mort prématurément des "chants de Maldoror". Composé au début du dix-neuvième siècle, ces chants sont d'une beauté vénéneuse et d'une noirceur absolue. La haine de l'humanité et de dieu y est poétiquement mise en scène par Maldoror, le maudit (personnage de la même veine que le Melmoth de Mathurin). Ce recueil de songes gothiques m'a envouté : il ne répond à aucune règles, il possède une violence et une pureté incroyable. On y retrouve parfois une certaine touche Hugolienne dans l'excès des descriptions, on pourrait presque entrapercevoir Baudelaire se mélant à la brume du récit... et pourtant "les chants" sont uniques
Certains passages sont de nature à profondément marquer le lecteur. Pour ma part, le récit du naufrage reste un moment inoubliable. Ironique, pratiquant l'art de la métaphore et de la comparaison comme personne (peut-être trop souvent pour le lecteur moderne), Lautréamont a composé un chef d'oeuvre absolu.
Perçu comme le premier texte surréaliste, "les chants de Maldoror" décortique le romantisme pour extraire sa moelle et nous la montrer en riant...
Roman parmi les moins noirs de Céline, empreint cependant du comique Célinien, "Guignol's band" débute à Londres, vers 1915. Fraichement Réformé, Céline traîne du côté de la pègre locale, et notamment vers les proxénètes (majoritairement Français) ayant fui la guerre. Plus encore que dans chacun de ses romans, Céline nous entraîne dans une escalade de rencontres explosives, face à des personnages hauts en couleurs, des caricatures clownesques, et dépeint l'humanité comme une belle foire ou tous jouent un rôle... Bien moins profond que "le voyage" ou "mort à crédit", "Guignol's band" reste une oeuvre haute en couleur, une succession de portraits de tous les déchets de l'humanité...
Pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre, "le diable et le bon dieu" m'a fasciné par sa dureté mélée d'humour. Le talent de Sartre y est à son apogée...
La pièce se déroule en Allemagne, au 16ème siècle. Lors des révoltes des paysans contre l'église, Goetz défie Dieu lors des combats, et fait le mal dans cet objectif. Autour de lui gravitent plusieurs personnages ambigus, chacun ayant sa propre conception du bien et du mal, tantot rivaux, tantot amis, souvent mus par leur égoisme. Le bien ne semble être qu'un avatar de l'ego de chacun, une justification face à l'absolu, tout comme le comportement de Goetz (un des plus formidable personnage qu'il m'ait été donné de découvrir) se justifie face à Dieu, pour laisser une trace de son passage...
Pièce parmi les plus connues d'Eugène Ionesco, "Rhinocéros" nous montre un homme en lutte contre le conformisme. Face à une étrange épidémie, qui transforme chacun en rhinocéros, Bérenger incarne le résistant, celui qui ne se modèle pas sur la foule. Ionesco dépeint dans cette pièce un conformisme fascisant, lobotomisant et destructeur. L'animalité de "ceux qui veulent faire comme tout le monde" est parfaitement rendue, tout autant que la solitude du héros face à la multitude des rhinocéros.
Une pièce qui m'a donné envie de découvrir la suite de l'oeuvre de Ionesco...
Célèbre roman d'amour d'Anatole France, le Lys Rouge m'a laissé quelque peu mitigé.
Décrivant une histoire se nouant entre deux personnes de la bonne société du début du 20ème siècle, le roman est lent à démarrer. Une fois l'histoire mise en place, par contre, Anatole France excelle à nous montrer les affres que la jalousie peut faire endurer, et comment elle peut miner une relation.
Le décor de ce roman est le milieu de la haute bourgeoisie, dépeint avec malice par Anatole France. On entre par la petite porte dans les grands salons de l'époque... Mais ce n'est évidemment pas le thème principal du récit, et malheureusement, c'est ce qui m'a le plus marqué à posteriori.
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