Dans "les belles endormies", on assiste aux visites d'un vieil homme dans une "maison de plaisir" ou les femmes, toutes jeunes et belles, sont artificiellement endormies pour passer une nuit avec ceux qui "n'ont plus ce qui faisait d'eux des hommes". Tout le récit se parfume d'érotisme fragilement né de l'équilibre de plusieurs facteurs. Perdu au milieu de l'éclatement lascif des boutons de camélia, le vieil homme évoque, nuit après nuit, sa vie, ses femmes, et contemple celle à côté de qui il dort.
Une fois encore, cette oeuvre Japonaise dérange : beauté, décrépitude, mort, plaisir... Toutes ces odeurs se mêlent au parfum des belles endormies, pour ne former qu'une saveur indéfinissable...
Titus d'Enfer est le premier volet d'une fabuleuse trilogie sortie de l'imagination sans limites de Mervyn Peake (sur la biographie de cet auteur très discret, voir : http://authologies.free.fr/peake.htm ). Le lieu du récit est un immense chateau, Gormenghast, démesuré, une mer de toitures à perte de vue, écrasant la nature de son architecture alambiquée. Là vivent une phlétore de personnages étranges, tous dépendants de ce qui est le coeur de Gormenghast : l'habitude et la répétition sans fin de rituels compliqués, et dont le sens est oublié de tous.
Dans ce roman, on est confronté à une richesse incomparable : poésie, satire, tragédie...
Lord d'Enfer, dont la journée est rythmée à la minute près par les rituels, devant passer précisément dans tel couloir à telle heure... Le vieux Craclosse, son majordome arachnéen, aux membres interminables, incarnation du devoir et de la rigueur, dont chaque mouvement déchaîne un concert de craquements... La jeune Fuschia d'Enfer, jeune réveuse perdue dans cet univers froid et sans affection... Lady d'Enfer, qui déclare ne pas vouloir rencontrer son enfant avant qu'il ait 6 ans et préférant consacrer son temps aux chats et aux oiseaux... Tous ces personnages ne sont qu'une petite facette du peuple de Gormenghast, et représentent une véritable caricature de la condition humaine.
Ce roman est une perle, trop méconnu, qui se lit au second degré et comporte des joyaux d'humour et de noirceur mélangés...
Edité chez Phébus, collection Libretto, Ed. 2006 (ou 1998), 502 p
Grand classique de John Steinbeck, "la perle" est une nouvelle inspirée d'un conte Indien revisité par l'auteur. Le thème et le message de l'oeuvre sont très simples : la découverte d'une énorme perle de culture va transformer la vie d'un pauvre pécheur et de sa famille, mais très vite, on (re)découvrira que "l'argent ne fait pas le bonheur".
Au dela de cette simplicité, le style de Steinbeck métamorphose le conte en une parabole tragique jugeant de la nature humaine, de la jalousie et de la corruption. On peut trouver cette nouvelle décevante au vu de "à l'est d'Eden", "des souris et des hommes" et autres oeuvres de Steinbeck, pour ma part, j'ai trouvé un texte sans prétentions et agréable à lire.
Edité chez Gallimard, Collection Folio, Ed. 1973, 128 p
Ce roman de Faulkner, dont le titre vient en droite ligne de Shakespeare, est un labyrinthe tortueux dont les méandres sont ceux de l'esprit humain. C'est un chef d'oeuvre que l'auteur nous a offert, sous couvert d'un drame familial se passant aux Etats Unis vers la fin des années trente. On ne peut pas résumer ce roman sans en gâcher l'effet...
Etrange et mystérieux, "le bruit et la fureur" s'inscrit dans la veine de "tandis que j'agonise", ou l'on reçoit une véritable rafale de pensées dès les premiers paragraphes. On plonge au coeur de l'âme torturée des personnages pour s'y baigner et y lire tous leurs désirs, toutes leurs folies, et au fil des pages, on entre un peu plus dans le bruit et la fureur.
"L'Amour fou" est un "roman - poésie" totalement baigné par le surréalisme. Les thèmes chers à ce mouvement y sont abordés par l'auteur : l'amour, le hasard, la poésie... Au sein de cette oeuvre destructurée, j'ai pu trouver plusieurs passages merveilleux de beauté et de clairvoyance, puis, juste à côté, des paragraphes qui m'ont laissé totalement froid... (notamment certaines assertions sur le hasard...). Cependant, ce témoignage doit être lu, ne serais-ce que pour apercevoir toutes les visions de l'auteur, tous ses désirs, toutes ses passions... "la beauté convulsive", l'irruption de la poésie dans la vie de tous les jours, mais surtout, "l'amour fou".
Nouvelle écrite peu de temps avant le suicide de Zweig, le joueur d'échec décrit la lutte de l'homme face aux atrocités de l'époque. Basé sur une partie d'échecs disputée entre deux hommes que tout oppose (face au joueur machinal et matérialiste, il y a l'homme cultivé, sensible...), la nouvelle met l'accent sur les différentes personnalités des joueurs et leur passé.
Rempli de symboles, et décrit par un narrateut-observateur, "le joueur d'échec" est un constat pessimiste des affres de la barbarie et de la dégénerescence de la culture. On peut le lire comme le testament d'un homme poussé au désespoir, le dernier témoignage d'un monde en train de s'écrouler...
Ce roman d'Albert Camus met en scène le magnifique personnage de Meursault. On suit le parcours de cet homme, étranger à notre société, totalement en marge des faux semblants et des hypocrisies de tous les jours. D'un premier abord, Meursault pourrait apparaitre comme totalement insensible (à l'instar d'un héros Houellebecquien... d'ailleurs, pour ceux qui ont lu "les particules élémentaires, la relation ne s'arrête pas là : souvenez vous les réactions des héros respectifs face à leur mére...). On sent en réalité une totale incapacité au mensonge et un décalage avec ses contemporains - et avec le lecteur.
Dans ce chef d'oeuvre, Camus est parvenu à faire d'un être réellement pur et passionné un individu choquant, dérangeant. Le lecteur est remis en question : notre société (et le lecteur) peut - elle juger un Meursault?
Recueil de 5 nouvelles de Gogol, "les nouvelles de Petersbourg" nous fait naviguer dans l'univers de l'écrivain, ou dominent l'absurde et la folie,
Univers fantastico - comique, avec le nez, ou un assesseur de college se réveille un matin et constate la disparition de son nez. Ceci sera prétexte pour nous amuser avec une fable ou se mélangent plusieurs thèmes chers à Gogol : l'absurde, la superficialité de ses contemporains Petersbourgeois... On peut voir également dans ce nez bien d'autres symboles et significations.
Le manteau est une satire sociale ayant pour héros un petit fonctionnaire qui va s'infliger une multitude de privations afin de pouvoir s'acheter un nouveau manteau.
Le journal d'un fou est une magnifique nouvelle, considérée comme un des chefs d'oeuvre de Gogol, ou l'on suit les errances mentales d'un homme devenant fou (ou déjà fou dès le début? à vous de juger...). On peut y percevoir le ridicule de l'homme et de sa condition, de ses désirs et de ses craintes.
Enfin, deux autres nouvelles viennent enrichir ce récit : la perspective Nevsky et le portrait.
Commentaires